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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 19:26

     Quand on dit "country", on pense forcément chapeau de cow-boy, femmes de petite vertu et short en jean. Quand on dit "rock américain", on pense tout aussi rapidement gros lourdaud geignard à chemises à carreaux. Et bien souvent, c'est vrai, j'en veux pour preuve "Shérif, fais-moicover-copie-24.jpg peur" et les Counting Crows (dans cet ordre, est-il bon de le préciser). Et puis des fois, certaines personnes bien intentionnées arrivent à mélanger un peu tout ça à la fois et à produire quelque chose de hautement recommandable. Attention, on ne parle pas non plus de faire du neuf avec du vieux (personnellement, je n'ai jamais cru aux miracles), mais avec un peu de talent, on redécouvre avec bonheur des petits plaisirs simples, comme quelques notes d'harmonica, ou des refrains bluesy chantés un peu trop forts mais terriblement accrocheurs. Et c'est justement là tout le talent de Rilo Kiley sur ce troisième album, le plus réussi à mon goût et qui présage tout en finesse du virage pris par sa chanteuse, Jenny Lewis, sur son album solo. En aparté et pour les (millions de) fans qui ont déjà choisi ce site comme page d'accueil, on notera au passage qu'elle est aussi créditée en back vocalist sur les albums de Postal Service et de Dntel ; eh oui, les Etats-Unis, ça veut faire croire que c'est grand, et puis au final ça a l'air d'avoir la superficie du Val-de-Marne. Prétentieux, va.

      Mais revenons-en plutôt à la musique, puisqu'il paraît que c'est ça qui nous intéresse. On est ici gratifié d'une belle alternance de morceaux rythmés et de balades plus reposantes. Le tout s'enchaîne sans heurt, et même si les paroles font parfois penser à ces textes torturés qui trouvent toujours un écho chez l'adolescent, angoissé par nature, elles sonnent malgré tout (souvent) justes et on se rappelle avec tendresse cette période ô combien ingrate que je ne revivrai personnellement pour rien au monde et que les artistes eux-mêmes ont pourtant laissé derrière eux depuis belle lurette, mais quand on est poli on tait les âges des dames. Pardon, la femme s'égare.

      It's a Hit, en ouverture, a la bonne idée et le talent (si rare) d'allier complexité mélodique et immédiateté, et une seule écoute lui suffit pour venir se coller dans votre tête et refuser obstinément d'en sortir. Que ce soit les choeurs en la la la ou les accords de trompette (non, vraiment), rien n'y est superflu, et tout est indispensable. Les amateurs reconnaîtront peut-être Portions For Foxes, qui fut en son temps choisie comme illustration sonore pour le tout premier épisode de la série "Grey's Anatomy", un honneur largement mérité tant elle semble avoir été composée pour cette pauvre Mérédith. On raconte que Ripchord, le seul titre de cet album à être interprété par Blake Sennett, guitariste de son état et accessoirement leader de The Elected, serait un hommage à Elliot Smith. Ce n'est pas impossible, mais c'est surtout un très intéressant (et bref) morceau de bravoure, qui lui permet de laisser libre court à sa schizophrénie rampante, dans le... bon sens du terme ? Tant qu'on en est à causer bravoure, il serait dommage de laisser de côté Does He Love You?, jolie tentative dans la série "faisons un peu de bruit, et avec des violons c'est plus joli", et I Never, un hommage si peu voilé aux belles traditions bluesesque des années 50. D'accord, ça n'est pas la tasse de thé de tout le monde, mais si on y tend l'oreille c'est plutôt réussi dans son genre écorché vif.

    Il est de mon devoir de garder une place à part au morceau titre, More Adventurous, qui va m'obliger à me marier dans le seul but de faire jouer cette chanson au moment de la cérémonie, ainsi qu'à sa grande soeur de par ses accents délicieusement country, The Absence of God. Des mélodies ambitieuses, des arpèges de guitare à vous réchauffer le coeur les soirs d'hiver, un harmonica qui sent bon le sud des Etats-Unis, une voix qui sait laisser poindre l'espoir au milieu de tant d'abominables souffrances : non, décidément, on chercherait à vous faire écraser une larme qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Le temps que vous vous fassiez un avis, tiens, je vais aller faire nettoyer à sec mon chapeau de cow-boy. Et ensuite j'irai commander une salade du shérif à Buffalo Grill ; qui a dit que l'esprit du far ouest était mort ?


Riema

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