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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 14:27

Sacré Miossec. Un titre comme ça, ordinaire, pour un album qui ne l’est pas. J’ai l’immense plaisir de suivre le bonhomme depuis ses début discographiques. Tout a commencé avec Boire (1995) et Baiser (1997), deux galettes aux titres qui faisaient bien marrer l’étudiant que j’étais alors, une bière à la main. Ces deux albums ont baigné mes années de fac, peut-être plus encore le premier : non pour sa thématique, mais pour ce qui m’est toujours apparu comme un somment du dépouillement et de la sécheresse (un comble...!) Les textes étaient ciselés et percutants comme je les aime, soutenus par des guitares franches.

Les années ont (un peu) passé et les albums de Miossec se sont succédés, avec plus ou moins de réussite, sachant que, de toute façon, un album moins efficace de Miossec reste largement au-dessus du lot. Mention particulière à 1964 (2004), qui est à mes oreilles son second meilleur album.12216_sta.jpg

 

Et le 12 septembre dernier a débarqué l’antithèse de Finistériens (2009). Alors que ce dernier jouait la carte des arrangements léchés de Yann Tiersen et l’accalmie (un Miossec pâlichon), Chansons ordinaires prend le parti de l’uppercut. Une ambiance brute de décoffrage avec des bonnes guitares en avant, qui s’ouvre sur un premier pied de nez très miossequien : «Tout a déjà été dit / Mais ce n’est pas grave / Car personne n’écoute / Personne n’écoute» (pied de nez en partie pioché chez Gide). Et là, on pressent le grand album. La Chanson pour les amis qui suit résume en 2 minutes et quelques secondes le temps qui passe et nos interrogations existentio-amicales.

Chanson d’un fait divers, peut-être le titre le plus brillant : le hors-champ textuel selon Miossec. Rien n’est dit, tout se suppose dans un titre magistralement écrit et interprété. Tout comme dans la Chanson qui laisse des traces, que je ne peux décemment pas décrire sans la spoiler. Que dire, sinon qu’elle me donne la même chair de poule que 30 ans (sur L'étreinte).

Faut-il aussi souligner la puissance contenue de la Chanson pour un homme couvert de femmes ou la culture distillée de la Chanson d’un bon vieux temps : un gars qui cite Berthe Sylva en regrettant le temps où on chantait les putes et l’absinthe force mon respect. Quant à la Chanson d’insomniaque, dois-je avouer qu’elle m’a effectivement empêché de dormir et que je brûle d’envie de l’entendre sur scène, à une heure tardive ? Clôture des hostilités avec la Chanson sympathique qui se paye le luxe de reprendre Avoir un bon copain tout en ressemblant à un Que devient ton poing (sur Boire) qui aurait couché avec les guitares des Pixies.

 

Chansons ordinaires n’est donc pas un album ordinaire. C’est avant tout le meilleur Miossec depuis 1964, mais surtout depuis Boire. Une sorte de CD jumeau 16 ans plus tard. Je suis bien en peine de choisir l’un ou l’autre pour la première marche du podium. Boire était rock dans l’esprit, par ses thématiques, ses guitares sèches (à tous les sens du terme). Chansons ordinaires renouvelle l’opération, en étant en plus rock dans le son. C’est donc, on peut le dire, un album extraordinaire sur lequel il faut absolument se jeter pour l’écouter, le laisser infuser, l’amadouer, l’apprécier encore et toujours plus à force d’écoutes en boucle. Et si Chansons ordinaires piquait tout simplement la place de CD de l’année 2011 ?

 

 

 

 

Raf Against The Machine

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